Étiquette : Retraites

  • La réforme des retraites a été promulguée

    La nouvelle est tombée ce matin : Le président Nicolas Sarkozy a signé mardi soir le décret de promulgation, et la loi a été publiée mercredi matin au Journal officiel. Ce dernier évènement clôt donc le chapitre des retraites.

    Ce sera sans doute LA réforme de ce quinquennat, puisqu’elle sauve notre système par répartition, héritage de De Gaulle. Pourtant, cette réforme n’était pas au programme du candidat Sarkozy en 2007 comme me l’on souligné certaines personnes dans les nombreux commentaires que j’ai eus sur ce blog. À ceux-ci je ferais noter que la crise de 2008 n’était pas au programme, et que, fort heureusement, gouverner c’est aussi s’adapter aux aléas économiques. Il aurait été ainsi criminel de ne rien faire et endetter les générations futures sous prétexte que ce n’était pas dans un programme. Preuve en est qu’au PS, le conservatisme et l’immobilisme sont toujours d’actualité.

    Cette réforme est certes difficile, travailler plus n’est pas des plus agréable, mais elle répond néanmoins au problème démographique que l’on peut schématiser (et simplifier) ainsi : « S’il y a 30 ans, 3 actifs contribuaient à la retraite d’une personne pour les 7 dernières années de sa vie, aujourd’hui ce sont moins de 2 actifs qui doivent financer 12 années de retraite ». Inutile de faire de grandes études pour comprendre que le système risquait d’imploser si rien n’était fait.

    Voilà donc les points principaux de cette réforme :

    • Le report de l’âge légal à 62 ans pour 2018 en l’augmentant chaque année de 4 mois à compter du 1er juillet 2011. La première génération concernée est celle née après le 1er juillet 1951.
    • L’âge sans décote sera relevé progressivement de 65 à 67 ans de 2016 à 2023.
    • La durée de cotisation passera à 41 ans et un trimestre en 2013, et à 41,5 ans en 2020.
    • La prise en compte de la pénibilité, et c’est une première en Europe. Les personnes dont l’état de santé a été dégradé du fait de leurs conditions de travail (ceux qui ont subi une incapacité égale ou supérieure à 10%) pourront partir à la retraite à 60 ans avec une retraite à taux plein quel que soit le nombre de trimestres cotisés.
    • Le dispositif « carrières longues », créé en 2003, sera étendu à tous ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans et qui pourront donc partir à la retraite à 60 ans ou avant.
    • Les travailleurs handicapés ainsi que les parents d’enfants lourdement handicapés et les aidants familiaux pourront continuer à partir à 65 ans sans décote
    • Les mères de 3 enfants et plus, nées avant 1956, et ayant arrêté de travailler pour les élever, pourront également partir à 65 ans à taux plein
    • Les entreprises d’au moins 50 salariés devront signer un accord ou un plan destiné à résorber les écarts salariaux hommes femmes
    • En 2013, lancement d’une étude sur une retraite par points
    • Le régime des fonctionnaires se rapprochera de celui du privé :- Les fonctionnaires ne sont pas épargnés par le report de l’âge légal de départ.- Les salariés des régimes spéciaux ne seront concernés par la réforme qu’à partir du 1er janvier 2017.- le taux de cotisation retraite, actuellement de 7,85%, sera progressivement relevé à 10,55%, comme dans le privé.- Le dispositif permettant aux fonctionnaires mères de 3 enfants ou plus de prendre leur retraite après 15 ans de cotisation sera supprimé.
    • De nouvelles recettes viendront financer nos retraites : nouveau prélèvement de 1 % sur la dernière tranche d’impôt sur le revenu et les plus values de cessions, hausse des prélèvements sur les stock-options et les retraites chapeaux, calcul annualisé des allègements de charges patronales.

    Les éléments en gras sont selon moi les points importants de cette réforme puisqu’ils garantissent la justice sociale.

    Télécharger la Loi sur la réforme des retraites parue au journal officiel
    Télécharger la Loi sur la réforme des retraites parue au journal officiel

  • A propos du mode de comptage des syndicats (MAJ)

    Toujours au sujet de la guerre des chiffres déjà évoqué ici : La guerre des chiffres des manifestations… Verdic, les syndicats exagèrent très largement le nombre de manifestants et La guerre des chiffres des manifestations du 23 septembre,voilà une petite vidéo du grand journal qui en dit long sur la méthode de comptage des syndicats : Voir le petit journal du 13/10/2010.

    Toujours sur le même sujet, médiapart s’est tenté au jeu du comptage à Paris, verdict : Ils ont compté encore moins de manifestants que la police !!! Voir MANIFS – Toujours la guerre des chiffres (RTL, Mediapart), je vous laisse également regarder la vidéo de LCM qui s’est également prêté au jeu du compte :

  • Quelle retraite pour demain ?

    Jeudi 1 avril dernier avait lieu à Lyon un débat organisé par le Chène 69 intitulé « Quelle retraite pour demain ? ». Un vaste débat d’actualité, puisque c’est aujourd’hui que sont lancées les concertations avec les partenaires sociaux sur la réforme des retraites.
    Je vous propose au travers se billet de faire un tour d’horizon des différentes problématiques et des différentes pistes de réflexion que j’ai eues sur le sujet pour lequel je vous invite à réagir.

    Le problème des retraites, une bombe à retardement.

    Ce sera sans doute le chantier du quinquennat, le dossier des retraites est un sujet brulant, mais nécessaire. Si aujourd’hui les comptes de la branche vieillesse de la sécurité sociale est déficitaire de presque 10 milliards d’euros en 2009 et pourrait atteindre 24,8 milliards d’euros en 2020 et 68,8 milliards en 2050 selon le conseil d’orientation des retraites (source rapport du sénat). La principale cause étant la chute du nombre de cotisants par rapport au nombre de bénéficiaires. En effet, si en 1960 on voyait 4 actifs pour 1 retraité, aujourd’hui ce rapport est de 2,2 et pourrait chuter à 1,4 en 2050 (source INSEE) :

    Evolution du ratio actif/inactif source INSEE

    Ce déséquilibre s’explique s’explique de plusieurs manières :

    1. Arrivée de plus en plus tard sur le marché du travail
    2. Inversion de la pyramide des âges :
      • « Papy boom »
      • Baisse du taux de fécondité.
    3. L’espérance de vie qui augmente.

    Outre le financement des retraites, l’augmentation de la durée de vie pose également la question du financement de la santé de nos ainés. En effet, soigner une personne de 80 ans n’est pas aussi aisé lorsqu’elle en a 90 et demande des moyens supplémentaires. Pour pouvoir s’occuper correctement de nos ainés, il est primordial de la part de l’ensemble de la communauté, d’anticiper les besoins financiers, tant au niveau des branches retraites qu’au niveau de la branche santé de la sécurité sociale.

    Quels sont les moyens d’action ? Que se passe-t-il en Europe ?

    Dans un système par répartition, pour financer les retraites, il n’existe que 3 variables d’ajustement que l’on peut baisser ou augmenter :

    1. Le montant des pensions des retraites.
    2. La durée de cotisation.
    3. Le montant des cotisations patronales et salariales.

    Baiser le montant des pensions est impensable, il ne ferait que réduire le pouvoir d’achat de nos ainés. Monter les cotisations, en temps de crise, est difficile tant pour les entreprises qui y verront une augmentation des charges, que pour les salariés qui y verront une perte du pouvoir d’achat difficile à digérer. Il ne reste donc que l’augmentation de la durée de cotisation. C’est d’ailleurs dans ce sens que la plus part des pays Européens ont tranché, si bien qu’aujourd’hui la France est le pays où l’âge de départ à la retraite est le plus faible :

    Âge légal du départ à la retraite selon le pays et selon le sexe (source: l’observatoiredes retraites)
    PAYS ( UE 27 ) Hommes Femmes
    Allemagne 65 ans 65 ans
    Autriche 65 ans 60 ans
    Belgique 65 ans 64 ans
    Égalisation progressive à 65 ans au 1er
    janvier 2009
    Bulgarie 63 ans 58 ans
    Chypre 65 ans 65 ans
    Danemark 65 ans / 67 ans
    (pension de base)  
    (complémentaire publique)
    Espagne 65 ans 65 ans
    Estonie 63 ans 59,5 ans
    Finlande 65 ans 65 ans
    France 60 ans 60 ans
    Grèce 65 ans 60 ans
    Hongrie 62 ans 62 ans
    Irlande 65 ans 65 ans
    Italie 65 ans 60 ans
    Lettonie 62 ans 61 ans
    Lituanie 62,5 ans 60 ans
    Luxembourg 65 ans 65 ans
    Malte 61 ans 60 ans
    Pays-Bas 65 ans 65 ans
    Pologne 65 ans 60 ans
    Portugal 65 ans 65 ans
    République tchèque 62 ans 61 ans
    Roumanie 63 ans 58 ans
    Royaume-Uni 65 ans 60 ans
    Slovaquie 62 ans 62 ans
    Slovénie 63 ans 61 ans
    Suède 65 ans 65 ans

    Il est légitime de se demander si la France continuera de faire figure d’exception.

    Le casse-tête de la pénibilité.

    S’il y a bien un point qui s’annonce délicat, mais à la fois novateur, c’est bien la prise en compte éventuelle de la pénibilité dans le calcul de l’âge de départ en retraite. En effet, si la notion pénibilité était retenue, ce serait une première en Europe.
    Pour autant, et en ce qui me concerne, je trouve que la notion de pénibilité est très difficile à évaluer. En effet, si l’idée me semble légitime sur le papier, il n’en reste pas moins qu’un certain nombre de problématiques méritent d’être posées.
    Tout d’abord, quelle est la liste des métiers qui peuvent être considérés comme « pénibles » et par opposition lesquels ne le sont pas ? Quelle échelle de pénibilité peut-on donner ? Sur ce point, il est important de ne pas opposer la fatigue physique à la fatigue psychologique (stress, etc.). J’avoue avoir peur que l’on tombe dans l’image et la démagogie. De plus, comment faire accepter un choix forcément arbitraire, car après tout, qui ne considère pas son métier comme pénible ? Ne risque t’on pas également à ne pas recréer un système de régimes spéciaux gravé dans le marbre.
    En effet, la notion de pénibilité pour un travail évolue au cours des années. Il y a 20 ans, les conditions de travail n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, et elles ne seront pas les mêmes dans 20 ans. Comment prendre en compte cette évolution positive, et parfois négative ? Comment également prendre en compte les différences d’une entreprise à l’autre, ou d’une institution à l’autre, d’un secteur géographique à l’autre ? Enfin, comment prendre en compte les changements professionnels ? En effet, aujourd’hui, on ne fait plus un métier, mais des métiers.
    Plutôt que de chercher la bonne formule mathématique, ne vaut-il mieux pas simplement chercher à améliorer les conditions de travail et avoir le même système de calcul de retraite pour tous ou bien, faut-il malgré tout, penser un système de point ?
    Dans tous les cas, il me semble clair que la notion d’âge légal pour la retraite au sens arbitraire du terme est dépassée.

    Quid de l’emploi des séniors ?

    Dernier point qui me semble important de traiter, la question des l’emploi des séniors. Sur ce point, la France fait particulièrement figure de mauvais élève européen, puisque le taux d’emploi des séniors de 38,3% en France est très loin derrière le taux moyen européen de 44,7% (source journal du net).
    Il s’agit à mon avis d’un problème avant tout culturel. Depuis trop longtemps on a considéré, à tort, qu’il valait mieux mettre les séniors en pré-retraite pour « laisser la place aux jeunes », ou bien que plus le temps passait et plus les séniors étaient une charge dans l’entreprise ou la collectivité. C’est tout le contraire ! Là c’est tout un travail de pédagogie auprès des entreprises (et des pouvoirs publics) pour faire comprendre que nos séniors ne sont pas des handicaps, ni des couts, mais des atouts. Et à mon sens, l’atout principal des séniors est avant tout le savoir et l’expérience.
    En France, il manque sérieusement la notion de knowledge management. Il ne faut pas voir uniquement un salarié comme un « outil de production » (au sens large), mais comme une réserve de savoir qui se remplit au fil du temps. Et en se privant de nos séniors, on se prive d’une énorme source de savoir. Je pense qu’une des pistes de réflexion serait de favoriser la transmission de connaissance des salariés en fin de carrière, que ce soit au sein de l’entreprise, ou bien dans les universités trop souvent théoriques.